La Religion Catholique des Africains n’est pas de Rome !

Comment le catholicisme des “pauvres nègres” a été fabriqué au nom de Jésus – le cas du Gabon (Partie 1)

( NB : Cette série introduit un ensemble de réflexions à venir autour du thème : « Comprendre l’Histoire de l’Afrique et la Sainte Tromperie »)

Sans culture, sans spiritualité, un peuple perd son identité et devient manipulable.

Tu t’identifies comme Fang, Téké, Obama, Peul, Haoussa, Wolof, Soninké, Bambara ou Sérère… grâce à ta culture.
Tu es Gabonais, Nigérien, Congolais, Burkinabè ou Guinéen — non pas à cause du nom qu’on a donné à ton pays, mais grâce à l’héritage de ton histoire, et de tes coutumes. C’est ça, ta vraie identité. Et rien d’autre !

Pendant longtemps, on nous a fait croire que la religion catholique que nous pratiquons ici, en Afrique, depuis la colonisation, était la même que celle pratiquée à Rome, là où elle tire soi-disant ses origines.

Mais aujourd’hui, je veux vous montrer que ce qu’on a implanté en Afrique, depuis des siècles, n’a rien à voir avec la véritable religion du Vatican — le cœur même de l’Église catholique dans le monde.

Après avoir compris cette vérité, je me suis posé plusieurs questions :
Est-ce que les catholiques africains croient vraiment au même Dieu que les catholiques européens ?
Ont-ils la même foi ? Croient-ils au même Jésus-Christ ?

Ou bien… nous a-t-on donné une version modifiée de cette foi ?
Une version fabriquée, pensée pour faire croire aux peuples colonisés qu’ils priaient Dieu… alors qu’en réalité, c’était un outil pour les contrôler, les soumettre ?

Et puis, soyons honnêtes : y a-t-il plusieurs Jésus-Christ ?
Celui de Jérusalem, le Juif né en Palestine ?
Celui de Rome, transformé en figure impériale ?
Celui des orthodoxes d’Orient avec les Russes ?
Ou encore… celui qu’on a imposé en Afrique ?

Une chose est sûre :
La religion catholique qu’on a servie aux Africains pendant la colonisation n’avait rien à voir avec celle des Européens. C’était une foi spécialement fabriquée pour « les pauvres sauvages ».

Jean-Rémi Bessieux est un prêtre français né en 1803 à Vélieux, dans le sud de la France.

Ordonné en 1829, il est envoyé au Gabon en 1844, à l’âge de 41 ans, dans le cadre de la mission « civilisatrice » européenne destinée aux « pauvres Noirs ».

Sa mission ?
Remplacer la culture africaine par une religion fabriquée de toutes pièces, conçue non pas pour libérer, mais pour soumettre les peuples.

Au Gabon, dès 1842, la France encourage l’arrivée des missionnaires catholiques pour contrer l’influence des protestants anglais et américains déjà installés sur les côtes.

Mais derrière l’évangélisation, l’objectif est clair : répandre la civilisation française, soumettre les esprits, effacer les cultures africaines.
Un colon vient avec son Jésus protestant, un autre arrive avec son Jésus catholique. Mais toujours, c’est le peuple qu’on cherche à contrôler.

Des années plus tard, André Raponda-Walker naît à Libreville. Il fait ses études chez les Pères du Saint-Esprit — les Spiritains — ces mêmes missionnaires envoyés au Gabon.

En 1899, il devient le tout premier prêtre gabonais. Mais l’objectif de la mission ne change pas : continuer à propager le catholicisme conçu spécialement pour les « Noirs pauvres », tel qu’enseigné par ces missionnaires (nous en parlerons plus loin). La seule différence, cette fois, c’est qu’un Noir en devient le relais.

Laisse-moi te raconter comment tout a commencé.

En 1705, en France, pendant que les bateaux chargés de marchandises traversent l’océan, un commerce cruel se développe.

À des milliers de kilomètres, à Rome, le pape bénit cette injustice, laissant penser que les Africains peuvent être vendus, battus, utilisés, jetés… comme des animaux !

À cause des nombreuses révoltes d’esclaves, il fallait trouver un moyen de les calmer. C’est comme ça qu’est née la Congrégation des Pères Spiritains, ou du Saint-Esprit.

Le 27 mai 1703, jour de la Pentecôte, Claude Poullart des Places, un jeune aristocrate breton, fonde le séminaire du Saint-Esprit. Leur mission initiale est d’aider les « pauvres » en France, puis, avec le temps, de s’occuper des « pauvres Noirs » dans les colonies françaises.

En 1794, l’esclavage est aboli en France, mais Napoléon le rétablit en 1802. Pour soutenir cela, il fait appel aux religieux, notamment aux Pères du Saint-Esprit, à qui il redonne leurs biens et le rôle de former le clergé colonial.

La Congrégation du Saint-Esprit devient le principal centre d’envoi des missionnaires catholiques pour toutes les colonies françaises.

Parmi eux, un homme important : Jacob Libermann.

Né le 12 avril 1802, Libermann était juif et fils d’un rabbin d’Alsace. Converti au catholicisme, il prend le nom de François Paul Marie Libermann. il fonde deux congrégations missionnaires : la Société du Saint-Cœur de Marie et la Congrégation du Saint-Esprit.

Sa congrégation, la Société du Saint-Cœur de Marie, a pour mission de contrôler les révoltes des Noirs d’Afrique et des esclaves libres dans les îles en Haïti et La Réunion.

Libermann obtient l’accord de Rome pour évangéliser les esclaves noirs des anciennes colonies françaises.

Le 17 février 1840, Jacob Libermann se rend à Rome avec une idée bien précise.

Il va voir la Propaganda Fide, l’équipe du Vatican qui envoie des missionnaires dans les pays non chrétiens.

Il propose quelque chose d’étonnant : Pas le même catholicisme que celui des Européens, bien sûr que non !, Mais une version inventée dans sa tête pour mieux « asservir les Noirs » dans les colonies. Une sorte de religion catholique fabriquée à leurs conditions d’esclaves s’il faut le résumé ainsi.
Le pape trouve l’idée bonne. Il accepte… mais à une condition : que Libermann devienne prêtre.

Et là, il faut bien le dire : c’est quand même fou, n’est-ce pas ?

Donc Voilà un homme qui n’a encore aucun rôle officiel dans l’Église, ni les moyens ni l’autorité pour lancer un tel projet, et pourtant Il propose une idée qu’on pourrait même qualifier de « païenne », puisqu’elle avait été jugée, au départ, par certains catholiques français, comme trop en décalage avec les missions de l’Église catholique en France à l’époque — qui cherchaient surtout à se concentrer sur le territoire européen uniquement.

Devant ces critiques en France, il décide d’aller directement à Rome. Et là, surprise… on lui dit oui !

Tu vois maintenant le problème ?

La religion qui est venue en Afrique par ces missionnaires de la congrégation du saint esprit – les puritains – n’était pas vraiment celle que Rome pratiquait elle-même à l’époque.

Je le répète : ce catholicisme-là, imposé aux Africains, n’était pas le vrai. C’était une pure invention !
Faites vos recherches. Allez lire par vous-mêmes !

J’ajouterai pour finir, une lettre adressée à ses prêtres au Sénégal et au Gabon, une raison de plus, que l’objectifs de ses missions catholique avec un autre Jésus-Christ pour les pauvres esclaves, le 19 novembre 1847, il écrit :

« Soyez Nègres avec les Nègres pour les gagner à Jésus-Christ. »

« Faites-vous Nègres avec eux pour les former comme ils doivent l’être, non selon la manière européenne, mais en respectant ce qui leur est propre ; comportez-vous envers eux comme des serviteurs envers leurs maîtres… »

Il poursuit ainsi :
« Ne jugez pas au premier regard, ni selon ce que vous avez connu en Europe ;

dépouillez-vous de l’Europe, de ses coutumes et de son esprit. Faites-vous Nègres avec les Nègres, et alors vous les jugerez comme ils doivent l’être.

comportez-vous envers eux comme des serviteurs envers leurs maîtres, selon les usages, les habitudes de leurs maîtres, afin de les perfectionner, les sanctifier, les relever de leur bassesse, et peu à peu, en faire un peuple de Dieu.

C’est ce que saint Paul appelle “se faire tout à tous”, pour gagner tous à Jésus-Christ. »

En gros, Libermann dit aux missionnaires : « Faites-vous Nègres avec les Nègres » pour les convertir à Jésus. À première vue, ça peut sembler positif, comme une volonté de s’adapter à leur culture. Mais quand on creuse un peu, on voit autre chose.

Il leur demande vraiment de s’immerger, de vivre comme eux, mais pas pour respecter leur culture telle qu’elle est. Non, c’est pour la transformer, la « corriger » selon une vision européenne — ce qui est clairement du contrôle déguisé en tolérance.

En fait, il veut probablement faire d’eux des chrétiens « célestes », sans aucune identité propre. On peut même se demander s’ils appartiennent encore vraiment à leur ethnie ou à leur culture d’origine.

C’est un mélange entre vouloir comprendre l’autre et en même temps imposer ses propres normes. En résumé, c’est du « respecte-moi, mais à ma façon ».

Amen !

En somme, encore aujourd’hui, cette œuvre continue à travers d’autres prêtres africains formés par ces mêmes organisations religieuses. La majorité — voire tous — les prêtres et évêques gabonais, congolais, centrafricains, etc., sont issus de ces structures, comme les missions catholiques, les sociétés de mission comme les Spiritains (Congrégation du Saint-Esprit fondée par Libermann), ou encore la Propaganda Fide.

Je ne fais pas appel à la colère, ni à un jugement hâtif, mais je plaide pour une prise de conscience. Celle d’accepter d’être religieux par choix, en toute liberté et non par ignorance.

Et surtout, celle d’une religion pensée et orientée par des Africains eux-mêmes, qui défendent avant tout les intérêts des peuples africains.

Des figures comme Monseigneur Bernard Nsayi (Congo), Monseigneur Christophe Zoa (Cameroun), ou encore Monseigneur Dieudonné Nzapalainga (Centrafrique), ont commencé à œuvrer pour une Église plus enracinée dans les réalités africaines.

A suivre…

Note :
– livre : « Libermann 1802-1852, une pensée et une mystique missionnaires » de : Paul Coulon et Paule Brasseur, paru le 20/06/1988 aux éditions : Cerf.

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